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Témoignage

Déplacements doux

Quand le Conseil général s'y met...

A Privas aussi, on a notre Vélib’ ! Depuis 4 ans, les agents du Conseil général travaillant dans la ville préfecture peuvent utiliser des vélos électriques pour se rendre d’un lieu à un autre à l’occasion d’une réunion, d’un rendez-vous professionnel.

François Vennin, Directeur général adjoint Développement au Conseil général, utilise régulièrement ce mode de déplacement. Ses réflexions
 « Et si le temps gagné par l'entremise de la vitesse était inutilisable pour le bonheur ? ou du bon usage du vélo. »

« Me déplaçant dernièrement dans Privas sur l’un des 3 vélos électriques du pôle Maurice Gounon pour me rendre à une réunion à l’Hôtel du Département, je repensais au dernier livre de Denis Grozdanovitch - un de mes maîtres à penser - qui dans son dernier ouvrage « l’art difficile de ne presque rien faire » (tout un programme, la difficulté tenant tout autant au « presque » qu’au « rien » !) fait l’éloge de la lenteur, si difficile à observer en notre époque trépidante qui fait de la vitesse un dogme indépassable. Alors que je remontai tranquillement l’avenue de Chomérac, je fus soudain contraint à une périlleuse manœuvre de doublement d’un camion mal garé, ce qui me valut un appel de phare courroucé de l’automobiliste arrivant en face. Je songeai alors à ce passage du livre dans lequel l’auteur prend fait et cause pour les cyclistes opprimés par les conducteurs de grosses cylindrées motorisées :

« L'instauration du vélo dans les déplacements, en ville comme ailleurs, dévoile en réalité toute une problématique sous-jacente concernant la place accordée au développement de la technique dans notre existence. Il m'a semblé remarquer plus d'une fois, en effet, que ceux qui prônent ce qu'il faut bien appeler "le progrès à tout va" et qui font une confiance aveugle aux bienfaits du monde techniciste, ne se préoccupent que très peu de la question du bien être, des commodités réelles, de la courtoisie, de la civilité au sens propre du terme et, en bref, du bonheur en général.

Ils ne veulent considérer que la notion de performance, c'est à dire les chiffres établissant les records de vitesse, de rendement, de fortune, les statistiques économiques massives et caetera… quitte à sacrifier le simple bon sens. »

Cours du Palais, une puissante moto pétaradante me dépassa brutalement, me laissant pétrifié quelques instants. Je me remémorai alors ce passage dans lequel Grozdanovitch se plaint de notre pays «  où le mot écologique est raillé de toutes parts et au sein duquel les vélos, en ville, les voitures sans permis sur les routes départementales, tout ce qui freine la frénésie de la vitesse étourdissante, sont devenus des empêcheurs de tourner en rond… sans que quiconque se pose jamais la question élémentaire de savoir si tourner ainsi en rond n'est pas une sorte de fuite en avant vers le néant, au cœur même du cercle vicieux qu'est probablement l'accélération indéfinie de nos modes de vie. »

Parvenu avenue du Vanel, alors qu’un coup de klaxon impatient venait de me signifier que je ralentissais la circulation, je me dis que l’auteur avait finalement bien raison de « suggérer à ces impatients adeptes de la vie trépidante, à chaque fois qu'ils sont obligés de rouler plus lentement derrière un vélo (peut être un peu maladroit) ou de patienter derrière une vieille dame un peu effrayée dans sa voiturette électrique (sur une route de campagne), d'utiliser ce laps de temps inespérément préservé de la frénésie habituelle de leur vie, pour réfléchir un peu (même s'ils n'y sont nullement habitués : en principe, ça n'est pas douloureux) et se poser cette question cruciale, déjà osée il y a quelques siècles par les philosophes éléates : et si le temps gagné par l'entremise de la vitesse était inutilisable pour le bonheur ? »